Jeudi 17 mars 2011 4 17 /03 /Mars /2011 13:16

Très chères et chers collègues sévissant dans des comités d'association,

Je viens de recevoir un courrier qui me rappelle à une triste réalité, qui nous concerne 
toutes et tous: il faut nous rendre à l'évidence: nos associations professionnelles ne sont absolument pas gérées de manière professionnelle, ne vous en déplaise ! Mais rassurez-vous: quand j'étais membre du Comité du GRBV (Groupe régional des bibliothécaires vaudois), il ne l'était pas davantage...

Cette réalité vient de m'être crûment signalée, sous la forme d'une offre de formation 
que l'IDHEAP m'a envoyé, à l'adresse du GRBV, Pierre-Alain Beffa, suivie de mon adresse 
professionnelle... Bon, ils ne sont pas gérés de manière professionnelle non plus, à 
l'IDHEAP, malgré qu'ils s'intitulent "L'Université pour le service public": ils n'ont pas 
consulté le site du GRBV pour mettre à jour leur fichier de membres du Comité...

Tiens, d'ailleurs, comment se fait-ce que cette prestigieuse institution ...privée 
connaît les références de l'oligarchie à la tête du GRBV ? On est même fichés par eux ? 
Décidément, s'il n'y a depuis belle lurette plus de transparence dans le management de nos institutions publiques, il n'y en a manifestement plus non plus dans le monde de la vie associative, quoi qu'on fasse pour le préserver...

Toujours est-il, chères et chers collègues, qu'il nous est enfin offert de combler cette 
lacune ! En effet, nous voici proposée une formation sous forme de 3 modules de 2 jours, 
entre le 23 et le 14 septembre prochain, soit un cours de "Management des organisations à but non lucratif" !

Ça vous étonne ? Mais l'IDHEAP a réponse à tout ! Voici la présentation et justification 
de ce cours:

"Les organisations à but non lucratif (NPO) prennent, dans notre société, 
une importance croissante et accomplissent des tâches que ni l'État, ni l'économie privée 
ne peuvent assumer de manière satisfaisantes. De plus, le management des [...] NOP est 
devenu de plus en plus complexe.
Pour pouvoir exercer ces tâches de manière efficace dans un environnement complexe, toute 
NPO a besoin d'un management professionnel", etc.

Certain-e-s d'entre vous ont peut-être également reçu ce beau dépliant. Si ce n'est pas le cas, sachez qu'il vous faut donc immédiatement vous inscrire à ce cours, qui vous est offert, à un prix d'ami, à 1950.-, ce qui, comme chacun-e sait, pour une organisation à but non lucratif, est une paille...

Mais, en bon français, comment comprendre ce démarchage ? Je vous en propose une petite relecture, ou une traduction, à votre choix:

- "Les NOP prennent dans notre société une importance croissante et accomplissent des 
tâches que ni l'État ni l'économie privée ne peuvent assumer de manière satisfaisante" -> 
Comprenons: "Vu que l'État veut économiser à tout crin et ne plus offrir que le strict indispensable (et encore); vu que l'économie privée ne s'intéresse qu'aux prestations largement rentables, nombres de prestations se trouvent ne plus intéresser et ne plus être prises en charge par ni l'État ni l'économie privée. 
Dans ce cas, seules des associations à but non lucratif peuvent encore le faire !"

Vous me comprendrez encore mieux si vous avez suivi ce qui se passe en Grande-Bretagne, où le 1er Ministre a annoncé que de nombreuses prestations assurées par l'État ne le seraient plus, et qu'il incitait les gens à compenser ce retrait par l'esprit de solidarité et le ...bénévolat !

- "De plus, le management des organisations [...] est devenu de plus en plus complexe. 
Pour pouvoir exercer ces tâches de manière efficace dans un environnement complexe, toute 
NPO a besoin d'un management professionnel" -> Comprenez: "Le fait qu'on laisse 
de plus en plus de place au secteur associatif, ce secteur n'étant pas rentable, ne signifie pas qu'on ne puisse pas se faire du fric sur leur dos !"

Pourquoi par exemple ne pas tenter de convaincre les NPO, dans la droite ligne de la pensée unique actuelle de l'hyper-management, de la restructuration bien comprise des organigrammes des institutions, et de toute la terminologie pseudo-technologique qui va avec, qu'il leur est indispensable de se former eux aussi aux délices et à l'efficacité de ce management idéal ?

Eh bien, offrons-leur nos cours, doivent-ils se dire: il y aura bien assez de nigauds qui vont se laisser prendre à l'attrape-mouches !
En plus, les règles de management ne sont pas neutres: on prépare des gens, qui se 
forment ainsi et acquièrent une expérience dans le cadre des NPO, à intégrer plus tard la 
VRAIE économie ! On sera tout heureux d'engager ces futurs cadres, formés aux frais des 
NPO et ayant acquis une précieuse expérience en leur sein (grâce à nous, IDHEAP), qui feront d'excellents cadres d'entreprises ...privées !

Et voilà ! Mais il faut profiter de documents comme cette offre de formation de l'IDHEAP, pour apprendre à lire entre les lignes les beaux produits de notre société ultra-libérale dont les tentacules ne laisseront bientôt plus rien filtrer, plus rien qui n'échappe à leur emprise.

Ce message, chers collègues, à cette unique fin: apprenons à réfléchir, à prendre du 
recul et à ne pas nous laisser engluer dans cette toile d'araignée... Mais, à l'intention de nos collègues genevois en lutte dans le cadre des bibliothèques universitaires: est-il encore bien nécessaire de vous le préciser ?

Et vous, lecteurs/trices, qu'en dites-vous ?

Si vous le souhaitez, je suis prêt à vous scanner ce précieux document, surtout à l'intention de celles et ceux qui souhaiteraient s'inscrire à ce cours ;=))

Pierre-Alain, toujours à votre service pour alimenter un petit ...brain-storming, ou remue-méninges, si l'on préfère notre bonne langue française (quelle faute de goût ! Le management ne supporte que très mal la transplantation linguistique en dehors de son bouillon de culture anglo-saxonne d'origine, tout le monde sait ça...)

Par bibliobrain
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Dimanche 6 mars 2011 7 06 /03 /Mars /2011 00:37

Peut-être l'aurez-vous remarqué, mais nous sommes touchés par une lame de fond qui voit progressivement se créer un méga-réseau de catalogues de bibliothèque en ligne, qui fusionnent, s'agrègent, pour finir par se raccrocher à des outils plus conséquents encore, comme une sorte de train qui passerait et repasserait lentement, s'allongeant par adjonction de nouveaux wagons à chaque passage.

Eh oui, une fièvre s'empare de nos catalogues de bibliothèque en ligne, qui n'ont de cesse, suivant où nous nous trouvons, de rejoindre la grande base collective la plus proche, laquelle tente frénétiquement de se placer sous une aile plus vaste encore, de manière à ce que, une fois mis sur orbite, tous nos catalogues tournent autour d'un grand noyau central, World-cat en l'occurrence, en attendant Univers-cat...

Ainsi, nous pourrons offrir à nos publics avides d'informations en masse une abondante "pâtée", à la manière des résultats de recherche sur tout l'Internet via un moteur de recherche; ...

À vos petits chatons, nous pourrons donc bientôt offrir World-cat, le kit-et-cat-alogue miracle sur lequel il trouvera TOUT, sauf peut-être ce qu'il cherche ...sans même le savoir...

Manifestement, là est la Vérité ! Et les petits villages gaulois qui persistent à résister encore et toujours à l'envahisseur seront bientôt regardés de travers, ou au mieux, on leur demandera "pour quand c'est le grand saut vers le catalogue collectif", le "grand bond en avant", comme le disait en son temps notre grand frère Mao !

Nous sommes pourtant en droit de nous demander si cette vague de fond correspond à un réel besoin, si elle apporte un plus aux usagers et/ou aux professionnel-les de l'information documentaire ! En effet, le modèle semble, dans l'esprit des promoteurs et décideurs, à tel point idéal qu'il doit s'appliquer potentiellement à toutes les institutions dans lesquelles nous travaillons...

Avec le catalogue unique, mondial et universel, la pensée unique triomphe... pour l'instant ! Parce que, soyons en sûr-e-s, ce n'est qu'une étape vers un nouveau progrès qui devra nous rapprocher à chaque étape davantage du paradis !

Pourtant, les choses ne semblent pas si simple, si l'on se donne juste la peine de se poser deux ou trois questions, auxquelles je n'ai pas de réponses toutes faites; mais peut-être avez-vous quelques idées sur un point ou l'autre que je soumets à votre sagacité ci-dessous et en vrac, histoire d'aborder par quelques points plus précis cet immense sujet:

1) La standardisation des catalogues, calibrés au format Marc et formatés selon des règles internationales universellement admises (mais ...créées par qui et pourquoi ?), répond-elle à un réel besoin, à un nouveau "trend", une tendance, un "deal" incontournable ? Tous les catalogues de bibliothèque sont-ils d'une égale pertinence à être rattachés à de plus gros catalogues collectifs ?

2) Notre monde est fait de cultures, de mentalités, d'habitudes de travail, de pratiques, d'outils fort différents. Le modèle choisi pour un catalogue centralisé tient-il compte de cette réalité ? Toutes celles et tous ceux qui, dans le monde entier, chercheront des références documentaires, seront-ils équitablement à l'aise pour trouver chaussure à leur pied, dans ce contexte de fusion et/ou centralisation des catalogues ?

3) Ces catalogues fusionnés et centralisés phagocytent de nombreux catalogues qui sont conçus pour et destinés à des publics-cible bien spécifiques et fort différents: petits enfants en milieu scolaire; adolescents venant chercher le dernier thriller de leur série préférée; parents débarquant avec leurs enfants pour repartir avec une pile de livres pour meubler leurs loisirs; chercheurs en quête d'une documentation minutieusement référencée, à jour et fiable... Est-ce qu'un catalogue unique peut être performant et répondre aux attentes bien différentes de tous ces publics, de tous ces lectorats simultanément ? Et si, pour y parvenir, il faut déployer des trésors d'imagination, faire transpirer des dizaines d'informaticiens, des commissions d'étude, pendant des mois, des années, pour résoudre ce problème, l'exercice a-t-il encore un sens et une pertinence ?

4) Nombre de collègues doivent souvent, dans de petites unités, avec des emplois à temps très partiel, gérer simultanément de multiples tâches, tout en étant constamment interrompu-e-s par les sollicitations des lecteurs présents. Dans de tels contextes, il faudrait disposer de l'outil logiciel le plus souple possible, et pouvoir choisir de saisir, au moment de cataloguer des documents, en fonction des lecteurs de telle bibliothèque ou médiathèque, les informations qui peuvent l'être aussi rapidement que possible et qui sont vraiment utiles pour répondre à des pratiques de recherche documentaire très différentes d'un public à un autre ! Quid d'une centralisation générale dans ce contexte ?

Qu'en pensez-vous, chères et chers collègues ? Comment vivez-vous cette évolution, si vous y êtes confronté-e-s ?

J'attends vos avis, vos lumières , le témoignage de vos expériences, avec intérêt et impatience... 

Par Pierre-Alain
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Samedi 5 mars 2011 6 05 /03 /Mars /2011 17:45

Amis bibliothécaires, médiathécaires, infothécaires, cyberthécaires, documentalistes, archivistes, papiéristes, TICkés, TOCkés de l'Information et de la Communication (et ajoutez ce qui vous plaît), bonjour !

Bienvenue dans ce que j'espère devenir un espace convivial d'échanges de réflexions, d'expériences, de découvertes qu'on souhaite partager, mais aussi d'anecdotes certainement innombrables que l'on vit dans l'univers des institutions où l'on travaille.

Dans ce cas, l'humour est le bienvenu, mais sérieux ...ne pas s'abstenir tout de même ! 

Il faut maintenant créer le premier "pitch", l'étincelle originelle d'où jaillira la lumière...

Voici donc, dans l'article suivant, un premier sujet de réflexion. J'espère qu'il lancera une belle partie de ping-pong autour de notre univers tentaculaire, auquel bientôt rien n'échappera plus...

Alors, collègues du monde des informations qu'on échange, acquiert, retransmet, crée, rend accessibles, à vos claviers ! Ou vos tablettes tactiles et autres IPod, en attendant les logiciels qui transcriront en "clair" vos idées géniales, forcément géniales !

Au plaisir de vous lire bientôt, de nous entre-lire incessamment !

Par Pierre-Alain
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