Très chères et chers collègues sévissant dans des comités d'association,
Je viens de recevoir un courrier qui me rappelle à une triste réalité, qui nous concerne
toutes et tous: il faut nous rendre à l'évidence: nos associations professionnelles ne sont absolument pas gérées de manière professionnelle, ne vous en déplaise ! Mais rassurez-vous: quand
j'étais membre du Comité du GRBV (Groupe régional des bibliothécaires vaudois), il ne l'était pas davantage...
Cette réalité vient de m'être crûment signalée, sous la forme d'une offre de formation
que l'IDHEAP m'a envoyé, à l'adresse du GRBV, Pierre-Alain Beffa, suivie de mon adresse
professionnelle... Bon, ils ne sont pas gérés de manière professionnelle non plus, à
l'IDHEAP, malgré qu'ils s'intitulent "L'Université pour le service public": ils n'ont pas
consulté le site du GRBV pour mettre à jour leur fichier de membres du Comité...
Tiens, d'ailleurs, comment se fait-ce que cette prestigieuse institution ...privée
connaît les références de l'oligarchie à la tête du GRBV ? On est même fichés par eux ?
Décidément, s'il n'y a depuis belle lurette plus de transparence dans le management de nos institutions publiques, il n'y en a manifestement plus non plus dans le monde de la vie associative,
quoi qu'on fasse pour le préserver...
Toujours est-il, chères et chers collègues, qu'il nous est enfin offert de combler cette
lacune ! En effet, nous voici proposée une formation sous forme de 3 modules de 2 jours,
entre le 23 et le 14 septembre prochain, soit un cours de "Management des organisations à but non lucratif" !
Ça vous étonne ? Mais l'IDHEAP a réponse à tout ! Voici la présentation et justification
de ce cours:
"Les organisations à but non lucratif (NPO) prennent, dans notre société,
une importance croissante et accomplissent des tâches que ni l'État, ni l'économie privée
ne peuvent assumer de manière satisfaisantes. De plus, le management des [...] NOP est
devenu de plus en plus complexe.
Pour pouvoir exercer ces tâches de manière efficace dans un environnement complexe, toute
NPO a besoin d'un management professionnel", etc.
Certain-e-s d'entre vous ont peut-être également reçu ce beau dépliant. Si ce n'est pas le cas, sachez qu'il vous faut donc immédiatement vous inscrire à ce cours, qui vous est offert,
à un prix d'ami, à 1950.-, ce qui, comme chacun-e sait, pour une organisation à but non lucratif, est une paille...
Mais, en bon français, comment comprendre ce démarchage ? Je vous en propose une petite relecture, ou une traduction, à votre choix:
- "Les NOP prennent dans notre société une importance croissante et accomplissent des
tâches que ni l'État ni l'économie privée ne peuvent assumer de manière satisfaisante" ->
Comprenons: "Vu que l'État veut économiser à tout crin et ne plus offrir que le strict indispensable (et encore); vu que l'économie privée ne s'intéresse qu'aux prestations
largement rentables, nombres de prestations se trouvent ne plus intéresser et ne plus être prises en charge par ni l'État ni l'économie privée. Dans ce cas, seules des associations à but non lucratif peuvent encore le faire !"
Vous me comprendrez encore mieux si vous avez suivi ce qui se passe en Grande-Bretagne, où le 1er Ministre a annoncé que de nombreuses prestations assurées par l'État ne le seraient plus, et qu'il incitait les gens à compenser ce retrait par l'esprit de solidarité et le ...bénévolat !
- "De plus, le management des organisations [...] est devenu de plus en plus complexe.
Pour pouvoir exercer ces tâches de manière efficace dans un environnement complexe, toute
NPO a besoin d'un management professionnel" -> Comprenez: "Le fait qu'on laisse de plus en
plus de place au secteur associatif, ce secteur n'étant pas rentable, ne signifie pas qu'on
ne puisse pas se faire du fric sur leur dos !"
Pourquoi par exemple ne pas tenter de convaincre les NPO, dans la droite ligne de la pensée unique actuelle de l'hyper-management, de la restructuration bien comprise des organigrammes des institutions, et de toute la terminologie pseudo-technologique qui va avec, qu'il leur est indispensable de se former eux aussi aux délices et à l'efficacité de ce management idéal ?
Eh bien, offrons-leur nos cours, doivent-ils se dire: il y aura bien assez de nigauds qui vont se
laisser prendre à l'attrape-mouches !
En plus, les règles de management ne sont pas neutres: on prépare des gens, qui se
forment ainsi et acquièrent une expérience dans le cadre des NPO, à intégrer plus tard la
VRAIE économie ! On sera tout heureux d'engager ces futurs cadres, formés aux frais des
NPO et ayant acquis une précieuse expérience en leur sein (grâce à nous, IDHEAP), qui feront d'excellents cadres d'entreprises ...privées !
Et voilà ! Mais il faut profiter de documents comme cette offre de formation de l'IDHEAP, pour apprendre à lire entre les lignes les beaux produits de notre société ultra-libérale dont les
tentacules ne laisseront bientôt plus rien filtrer, plus rien qui n'échappe à leur emprise.
Ce message, chers collègues, à cette unique fin: apprenons à réfléchir, à prendre du
recul et à ne pas nous laisser engluer dans cette toile d'araignée... Mais, à l'intention de nos collègues genevois en lutte dans le cadre des bibliothèques universitaires: est-il encore bien
nécessaire de vous le préciser ?
Et vous, lecteurs/trices, qu'en dites-vous ?
Si vous le souhaitez, je suis prêt à vous scanner ce précieux document, surtout à l'intention de celles et
ceux qui souhaiteraient s'inscrire à ce cours ;=))
Pierre-Alain, toujours à votre service pour alimenter un petit ...brain-storming, ou remue-méninges, si l'on préfère notre bonne langue française (quelle faute de goût ! Le management ne supporte
que très mal la transplantation linguistique en dehors de son bouillon de culture anglo-saxonne d'origine, tout le monde sait ça...)